L'histoire en bref
1966 : Carrefour vient d'ouvrir son premier hypermarché et a besoin d'une identité visuelle à la hauteur. Étienne Thil et Jacques Daniel, graphiste typographe, doivent créer un logo qui évoque à la fois l'idée d'un carrefour (une intersection) et l'initiale C de la marque.
La solution est d'une élégance redoutable : deux flèches opposées (rouge et bleue) et un C blanc au centre formé uniquement par l'espace négatif. La lettre n'est pas dessinée, elle est suggérée par le vide entre les deux formes.
La découverte invisible
Pour la majorité des Français, le logo représente simplement deux flèches. Le C, pourtant au cœur de la création, reste caché. Des millions de gens ont regardé ce logo sans jamais le remarquer.
Une vidéo montrant ce C caché a généré des millions de vues. Des gens découvraient, après plus de 45 ans de courses hebdomadaires, qu'ils regardaient sans voir.
Les leçons à retenir
1. L'effet de bascule perceptuelle
Une fois qu'on voit le C, on ne peut plus ne pas le voir. C'est irréversible, comme ces dessins où l'on voit soit un vase, soit deux visages. Jacques Daniel avait construit ce basculement intentionnellement, sachant que la plupart des gens ne le franchiraient jamais.
Le logo fonctionne même sans le C.2. La récompense cachée
Un bon logo fonctionne pour tout le monde, et réserve une récompense supplémentaire à ceux qui prennent le temps de regarder vraiment. C'est peut-être la définition la plus haute du design : construire pour tous, et offrir un secret à quelques-uns.